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Menaces internes et risque organisationnel

Le salarié le plus dangereux a déjà remis sa lettre de démission

Le salarié le plus dangereux a déjà remis sa lettre de démission

Le salarié le plus dangereux de votre organisation n'est pas celui qui a échoué à la vérification des antécédents. C'est celui qui a déjà remis sa lettre de démission.

En 2016, un ingénieur senior a quitté le projet de véhicule autonome de Google pour fonder sa propre start-up. Il s'appelle Anthony Levandowski. Dans les mois qui ont précédé son départ, il a téléchargé environ 14 000 fichiers techniques depuis les serveurs de l'entreprise. La suite est connue : un procès géant entre Waymo et Uber, un accord à plusieurs centaines de millions de dollars, et une condamnation pénale pour vol de secret commercial. Tout cela s'est produit dans une entreprise dotée de l'un des dispositifs de sécurité les plus sophistiqués au monde.

La plupart des organisations traitent la démission comme un événement RH : une lettre, un entretien, une passation, un gâteau le dernier jour.

En pratique, dès l'instant où un salarié annonce son départ, et parfois même avant, quand la décision vient seulement de se former dans son esprit, l'équation a changé : son accès aux systèmes reste complet, mais son engagement se trouve déjà chez son prochain employeur.

Cette fenêtre, entre l'annonce et le dernier jour, est la période la plus risquée de tout le cycle d'emploi. Et elle ne se limite pas au vol spectaculaire. Elle ressemble aussi à ceci : la copie d'un fichier clients pour un usage personnel. L'envoi de documents de tarification vers une messagerie privée pour conserver des exemples de travail. La capture de méthodologies que le salarié a lui-même rédigées et dont il est donc convaincu qu'elles lui appartiennent. Et parfois sans la moindre intention malveillante : un compte cloud resté ouvert des mois après le départ, parce que personne ne savait qu'il existait.

Le problème organisationnel est simple à formuler : les RH savent en premier, le responsable sécurité l'apprend en dernier, et l'informatique coupe les accès le dernier jour. Personne ne tient la fenêtre elle-même.

Voici comment la refermer. Six étapes :

1. Le jour de l'annonce est le jour du signalement. La lettre de démission parvient au responsable sécurité et au service informatique le jour même. Pas en fin de semaine, pas une fois la date de départ arrêtée.

2. Cartographie immédiate des accès. À quels systèmes, bases de données et dossiers le salarié a-t-il accès, et lesquels sont particulièrement sensibles au regard de l'endroit où il part.

3. Réduction progressive. Tout ce qui n'est pas nécessaire à la passation est fermé maintenant, pas le dernier jour.

4. Surveillance de la fenêtre. Téléchargements d'un volume inhabituel, transferts vers une messagerie privée, connexion de supports amovibles. Pendant cette fenêtre, ce n'est pas de la méfiance, c'est le point de vulnérabilité le mieux connu.

5. Les tâches du dernier jour. Une liste fermée des comptes à couper, y compris les systèmes cloud et les prestataires externes qui ne sont pas reliés à la gestion centralisée des utilisateurs. Ce sont ceux que l'on oublie toujours.

6. Un entretien de départ structuré. Un rappel des engagements de confidentialité et de propriété intellectuelle, et une discussion ouverte sur la destination suivante. Non par méfiance, mais par gestion des risques.

Et il faut aussi dire l'autre versant : la plupart des partants ne sont pas une menace. Un salarié qui part bien est un atout, un ambassadeur, parfois un futur client. Bien gérer cette fenêtre ne vise pas à faire de chaque partant un suspect, mais exactement l'inverse : permettre aux bons partants de sortir dans de bonnes conditions, et détecter à temps le cas exceptionnel qui coûte une fortune à l'organisation.

Le service recrutement sait exactement quand un salarié entre dans l'organisation. La question est de savoir qui tient le moment où il en sort.

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