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IA, deepfakes et fraude synthétique

L'œil humain n'est plus un outil de vérification d'identité

L'œil humain n'est plus un outil de vérification d'identité

J'ai trouvé un petit jeu appelé Slopcheck qui mérite quelques minutes. L'idée est simple : chaque jour, six images sont présentées, et nous devons décider s'il s'agit d'une vraie photo ou d'une image générée par l'AI. Après chaque réponse, le jeu explique quels détails de l'image auraient pu la trahir.

Cela semble facile ? Je vous suggère d'essayer avant de répondre.

Mais pour moi, ce jeu est intéressant pour une tout autre raison. Il illustre bien un problème que nous rencontrons aujourd'hui dans le monde des vérifications d'antécédents et du renseignement en sources ouvertes : nous accordons encore trop de confiance à ce que nous voyons.

Une photo professionnelle sur LinkedIn. Un compte Instagram qui semble actif. Une photo d'une personne dans une conférence. Un profil qui a l'air ancien. Des photos avec des amis, de la famille ou des collègues de travail.

Autrefois, un tel faisceau d'indices nous donnait le sentiment qu'une personne réelle se trouvait derrière le profil. Aujourd'hui, cela ne suffit plus.

On peut générer un visage qui n'a jamais existé. On peut créer des images de la même personne dans des environnements différents. On peut construire un historique visuel qui paraît convaincant. Et on peut envelopper une fausse identité dans un profil professionnel qui semble, du moins au premier regard, parfaitement crédible.

Et c'est exactement là le piège.

Nous cherchons parfois le signe de l'AI : un doigt en trop. Un texte déformé en arrière-plan. Une ombre qui ne colle pas. Des lunettes bizarres. Des détails anatomiques incohérents.

Ces signes sont importants, et le jeu est excellent pour entraîner l'œil. Mais sur le plan professionnel, je ne pense pas que ce soit la bonne façon d'aborder le problème. Car plus les modèles s'améliorent, plus les signes visuels que nous avons appris à repérer disparaissent.

C'est pourquoi, dans une vérification d'antécédents, la question ne doit pas être seulement : cette image a-t-elle été générée par l'AI ?

La question la plus importante est : l'identité derrière l'image résiste-t-elle à l'épreuve de la réalité ?

Et là, il faut passer d'une seule image à l'examen de l'ensemble.

Le parcours professionnel tient-il debout ? Existe-t-il des indications indépendantes qui relient la personne aux organisations où elle affirme avoir travaillé ? Sa chronologie est-elle cohérente ? L'activité sur les différents réseaux concorde-t-elle ? Des relations professionnelles réelles confirment-elles indirectement son récit ? Les photos, les mentions, les documents et les différents profils composent-ils une identité cohérente, ou se contredisent-ils ?

C'est la différence entre regarder une image et vérifier une identité.

À l'ère de l'AI, l'intuition humaine reste très importante. Mais elle doit être un point de départ pour l'enquête, pas le mécanisme de vérification lui-même.

Et c'est peut-être la leçon la plus importante de Slopcheck : si nous nous trompons sur une image dans le jeu, nous perdons un point. Si une organisation se trompe sur la personne qui se trouve derrière un profil, le prix peut être tout autre.

Le jeu vaut la peine d'être essayé, pour voir à quel point vous êtes vraiment bons.

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